Entretien exclusif avec Mohamed Sneiba,premier mondoblogueur de Mauritanie

Article : Entretien exclusif avec Mohamed Sneiba,premier mondoblogueur de Mauritanie
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8 avril 2020

Entretien exclusif avec Mohamed Sneiba,premier mondoblogueur de Mauritanie

Rencontre avec Mohamed Sneiba, le premier mondoblogueur de Mauritanie. Un des rare premiers blogueur du pays d’un million de poète. Journaliste, blogueur, et homme de lettres, nous avons tendu notre micro virtuel à Sneiba Mohamed natif de Aleg, une ville située au sud-ouest de la Mauritanie. Une occasion de faire découvrir aux plus jeunes ce parcours inspirant, d’un confrère pour qui, les mots sans aucun doute ont un pouvoir d’expression impactant. Il nous donne aussi ses impressions sur l’écriture en ce temps de confinement imposé malheureusement par la pandémie Covid19.

Blog Reines d’Afrique : Quand avez-vous eu le virus du blogging?

Ma vie de blogueur a débuté en 2012, avec un blog pas très professionnel www.sneibamohamed.over-blog.com , que j’ai créé dans l’unique but de me soustraire aux « contraintes » des médias pour lesquels je travaillais (L’Authentique, Al Hourriya, etc.) et qui n’étaient pas réceptifs à certains de mes écrits très personnels ou très critiques envers le pouvoir.

C’était donc une sorte de Plan B pour avoir une plus grande liberté d’écrire, parce que je me rappelle encore, en 1998, quand, discutant avec le directeur de publication d’un média de la place sur des ajustements à apporter à l’un de mes articles, il me lance : « c’est mon journal ».

Mais ma vie de blogueur ne débutera véritablement que quelques mois plus tard, quand je me suis lancé dans le concours Mondoblog de Rfi dont je serai l’un des lauréats de la saison 2, à Dakar, en 2013. J’ai alors abandonné mon premier blog pour celui supporté par la plateforme, et qui avait pour nom : www.medseib.mondoblog.org .

 Blog Reines d’Afrique : Quels souvenirs en gardez-vous?

Je garde de cette époque de beaux souvenirs. Par exemple, mon titre de « doyen » (j’avais, à l’époque, 48 ans, alors que la plupart des sélectionnés avaient moins de 30). Notre formation était en réalité une initiation, pour moi, à ce journalisme nouveau, le MoJo, différent en tout du journalisme classique. Cinquante-deux contributeurs ont reçu pendant 8 jours une formation intensive aux techniques du journalisme et aux outils 2.0 : écriture, recherche et vérification de l’information, édition, réseaux sociaux…

Mes meilleurs souvenirs sont liés aux amitiés que j’ai tissées avec des blogueurs d’horizons différents, avec lesquels j’ai continué d’échanger au sein d’une communauté aujourd’hui forte de centaines de femmes et d’hommes qui la considère comme une grande famille.

Blog Reines d’Afrique : C’est quoi pour vous le blogging?

Dans l’un de mes articles, j’avais lancé cette boutade : bloguer, c’est blaguer. Et, en réalité, c’était ma vision de départ. Utiliser la dérision pour dénoncer. Tourner – et détourner – des sujets sérieux pour donner à réfléchir. C’est un engagement de tous les jours. J’avais fait mienne ce propos de Camus : la défense de la liberté et de la vérité, « le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression. » (Discours de Suède, 1957).

 Blog Reines d’Afrique : Faire du blogging c’est contribuer à votre maniéré à la diffusion de l’actualité mauritanienne?

Comme je l’ai dit, le blogging était pour moi une voie de contournement. Quand j’ai des choses à dire et que certains médias ne sont pas preneurs, il ne faut pas dire : « je passe ». Le blog sert à donner de la voix, à dénoncer, rarement, à livrer l’actu à chaud. C’était mon choix. Je peux bien me servir des évènements mais pour pousser la réflexion plus loin. D’ailleurs, c’est cette perspective que j’utilise aujourd’hui dans ma collaboration avec le journal Horizons. Se saisir du factuel pour élaborer des dossiers, des articles mieux fouillés. Mais, là, les sujets ne sont pas aussi « libres » qu’ils le sont sur mon blog, Horizons étant un journal gouvernemental.

  Blog Reines d’Afrique : Quels sont les effets de ces années de blogging au service de la Mauritanie et de l’espace francophone en général ?

  Le blogging a eu des effets notables, tant sur le plan individuel que dans la contribution à la connaissance de la Mauritanie à travers l’espace francophone. Imaginez que quand les pays sont représentés par cinq blogueurs ou plus par session, le nôtre ne compte, à ma connaissance qu’une poignée depuis la mise en place de la plateforme Mondoblog.

 Je peux dire que le meilleur « rendement » de ma vie de blogueur se trouve être la reconversion de mes articles dans des livres : Aziz : textes et contextes, Tranches de vie, Bolletig, la couleur du mensonge, etc. Des articles écrits pour le blog ou pour des journaux et qui ont été regroupés pour servir de chroniques et d’essais.

Blog Reines d’Afrique : Quelles sont les difficultés rencontrées au cours de ce parcours?

Au début, il y avait des difficultés d’adaptation – d’adoption. Le passage d’une pratique classique du journalisme, avec tout de même 15 ans de presse papier, en 2013, à un journalisme de « proximité », plus « mobile » et surtout plus jeune, n’était pas aisé. Il fallait vaincre certaines réticences pour revenir à l’information factuelle, au détriment de l’analyse (opinion). Le social prenait le pas sur le politique. La recherche de la visibilité passait de plus en plus par la lisibilité, supportée par les réseaux sociaux et les blogs personnels.

Blog Reines d’Afrique : Le blogging c’est aussi une histoire avec l’écriture pour toi; racontez nous ?

En fait, c’est un prolongement plus « raffiné » d’une pratique qui se confond avec la passion pour le journalisme. De par ma formation de professeur de français, j’ai toujours pratiqué l’écriture, sans doute, au début sans le professionnalisme que j’ai acquis au fil du temps. Cette mutation est arrivée de manière impromptue quand, encore étudiant à l’ENS de Nouakchott, j’ai gagné un troisième prix dans un concours organisé par le journal gouvernemental Chaab.

 J’ai entamé par la suite une carrière de pigiste dans cet organe et, depuis, mon choix a été fait : rédacteur en chef de l’Essor, premier magazine économique mauritanien (1998), responsable du desk « Economie » à Nouakchott Info (2001-2002), rédacteur du Méhariste (2003). Mais la plus grande partie de ma carrière, je l’ai passée à L’Authentique (2009-2012) et au magazine Afrimag (basé) à Casablanca que j’ai intégré en 2007. Depuis mars 2019, je collabore à nouveau avec le journal gouvernemental dont la version française a pris le nom d’Horizons depuis quelques années.

Blog Reines d’Afrique : Apres toutes ces années, quels constats d’expérience livrez- vous à la communauté blogging et aux jeunes en particulier?

Je m’adresse d’abord aux  jeunes blogueurs mauritaniens pour leur dire qu’il ne s’agit pas d’une course effrénée vers la notoriété. L’important est d’être conscient du rôle que l’on joue pour favoriser un changement positif de la société dans laquelle on vit et d’être en rapport avec le monde. Bien faire son travail, avoir la passion et l’envie de réussir ce qu’on considère comme nécessaire et laisser le soin aux autres d’apprécier. Etre toujours en quête des nouveautés, suivre son instinct de blogueur, engagé ou non, c’est cela qui forge votre identité et vous distingue des autres sans vous isoler.

Reines d’Afrique : pensez –vous que l’écriture a un poids en ces temps de confinement dû à la pandémie Covid19 ?

Bien vue ! Oui, le confinement doit bien servir à quelque chose,  en plus qu’il est considéré comme la meilleure protection contre la propagation du Covid-19. Je le mets donc à profit pour écrire la chronique de la pandémie, à publier quand tout sera fini. D’autres agissent plutôt sur présent, en portant leurs réflexions sur les questions de sensibilisation. Je crois même que,  dans notre communauté Monobloc, le sujet est,  par la force des choses, la première actualité.

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