Traoré Awa

Migration : des petites filles domestiques maliennes victimes d’exploitation en Mauritanie

À la recherche d’une vie meilleure, de jeunes filles maliennes, venant parfois de milieux pauvres, prennent la route pour venir tenter leur chance en Mauritanie, un Eldorado pour ces travailleuses domestiques. Une quête d’une vie meilleure qui n’est pas sans conséquences. Violences physiques, travail sans contrat, accusations de vols, salaires impayés ou en retard, certaines voient leur rêve tourner au cauchemar.

Selon des témoignages, les filles domestiques dont la plupart sont « mineures » subissent « des violences physiques, des accusations de vols, des travaux continus, parfois sans week-end, des salaires impayés ou retardés durant des mois ». Des domestiques dites sous contrat n’ont pas le droit de sortir de la maison, et vivent entre quatre murs en travaillant à longueur de journée. Face à des mauvais traitements, des filles fuient leur boulot en laissant dernières leurs bagages ou leurs salaires impayés.

Calvaire de victimes

Fatoumata Kamia, 14 ans, venue de Segou, situé à 240 km de la capitale Bamako, est l’ainée de sa famille. Elle s’était rendue à Nouakchott en 2020 pour subvenir aux besoins de ses parents et s’adonnait aux corvées familiales de son employeur sans week-end. Malgré tout, elle sera privée de salaires durant 2 ans dans une famille à Tevragh zeyna, une des communes de la capitale mauritanienne. Une période dont elle garde un mauvais souvenir, réclamant son dû sans satisfaction. Déçue, elle décida de fuir son lieu de travail et de rentrer au Mali sans avoir perçu son paiement.

Une migrante se souvient de Fanta Soumano, dont le salaire impayé s’élevait à 300 000 um. Ne sachant pas quoi faire, c’est par l’intermédiaire d’une amie que cette domestique a pu s’échapper de son lieu de travail. C’est un mois plus tard que son salaire lui a été restitué grâce aux efforts de l’Association des femmes Malienne Battantes en Mauritanie (AFMBM).

La Mauritanie, un Eldorado pour ces migrantes

En quête d’une vie décente, ces jeunes filles viennent tenter leur vie ici, ignorant très souvent les nombreux risques auxquels elles peuvent être confrontées sur place.

On trouve notamment des domestiques dont le salaire est de 10000 à 15000 francs au Mali. Pour elles, travailler ici constitue « une source de revenus plus importante qu’au Mali ». La Mauritanie est alors perçue comme un Eldorado pour ces migrantes.

L’intermédiaire ici ou à Bamako, par qui les filles domestiques obtiennent un travail, trouvent son pourcentage sur le salaire des domestiques. Ainsi « ces intermédiaires s’arrangent avec l’employeur pour qu’aucune somme d’argent ne soit remis aux domestiques, des paiements qui se font au terme du contrat en général » nous confie Fatoumata Coulibabi, de l’Association des femmes Malienne Battantes en Mauritanie (AFMBM) dans la commune de Sebkha. Une militante confie que « très souvent, par des contrats oraux et non écrits, elles se font engager pour 1 à 2 ans ».

Des fois sans pièce d’identité, ces filles se lancent dans cette aventure par tentation. Une fois qu’un accord est trouvé sur le montant du salaire, l’employeur envoie en avance les frais pour les formalités du voyage qui dure 2 jours, de Bamako (la capitale malienne) à Nouakchott.

« Une fois ici, le téléphone des domestiques est confisqué, elles sont soumises à tous les travaux domestiques, vivent dans l’isolement, ne connaissent et rencontrent personnes et sont sans nouvelle de leur famille au Mali. Même en cas de difficultés, elles ne peuvent pas s’échapper, ne connaissant pas la ville » témoigne un travailleur migrant.

Actuellement, certains membres de réseaux d’envoi de ces filles « exigent le paiement de quatre mois de salaires en avance » nous informe un employeur qui déplore « le mauvais traitement des filles domestiques » par des employés et fustige le travail des filles mineurs : « cela n’est pas normal » lance-t-elle.

 Violations systématiques des droits des travailleuses domestiques

Selon le journal Tahalil hebdo, en décembre 2023, le Centre de Recherche et d’Action sur les Droits Économiques Sociaux et Culturels (CRADESC) a rendu public, à Nouakchott, une enquête sur les travailleuses domestiques, fustigeant l’état de « violations systématiques » de leurs droits.

Une enquête qui a été menée dans le cadre du projet d’appui stratégique aux travailleuses domestiques en Mauritanie (PASTDOM), en collaboration avec le Comité de Solidarité avec les Victimes des Violences des Droits de l’Homme en Mauritanie (CSVDH) et à travers un financement de la Fondation pour une Société Juste (FJS).

Ce site, se basant sur les données de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) de 2017, rapportait qu’il y avait en Mauritanie « 43.278 travailleuses domestiques, dont 29 657 femmes ».

Des réseaux de plus en plus affaiblis

Les réseaux de recrutement de ces jeunes filles ont été affaiblis par rapport à avant grâce au travail des ONG. Des activistes qui ont dénoncé « les pratiques qui se font et l’exploitation de ces filles » ont poussé à ce maintenant « les choses se font de façon déguisée, où des jeunes filles sont dans des familles et ce sont des cas de contrats » nous dit Salimata Koita, une ressortissante venue en Mauritanie il y a 5 ans.

« Celles qui viennent travailler par elles-même n’ont pas beaucoup de problèmes, elles quittent facilement un travail en cas d’inconfort, elles sont organisées et ont un leader parmi elles. » Ce dernier est notamment chargé de défendre leur paiement et leur droit en cas de besoin.

Des leaders qui peuvent avoir en charge le placement d’une centaines de domestiques et qui trouvent leur pourcentage de 5000um sur chaque salaire par exemple. Des leaders de groupe qui récupèrent le salaire des domestiques à la fin du mois, aident les filles dans l’achat d’habits et organisent leur retour au Mali, selon des témoignages recueillis.

La pratique a « diminué par rapport à avant grâce à la sensibilisation sur les risques de travail des mineurs sans connaissance de ses droits et devoirs » constate Fatoumata CoulibabliDes ONG aident également pour l’accompagnement juridique, précise cette source pour qui « beaucoup de gens commencent à comprendre, notamment les parents que nous avons touchés lors des causeries sur la question ». Elle appelle tout de même à la prudence : « Même si la pratique a diminué , elle continue en cachette ».

Le travail de ces filles domestiques migrantes est une source de bien-être familial, mais aussi une opportunité de business pour beaucoup de familles d’accueil et des employeurs en Mauritanie pour qui, souvent, « ces filles sont bonnes à tout faire », au détriment du respect de leurs droits.

Une démarche d’identification des personnes recruteurs de ces filles domestiques pourrait offrir un cadre de travail protecteur pour ces filles migrantes, selon des acteurs de la société civile mauritanienne.

Awa Seydou Traoré




Renforcement des compétences des journalistes : atelier régional sur les droits et la santé sexuelle

Le 19 juin, dans la continuité du Partenariat de Ouagadougou lancé en 2011, les 9 pays membres ont participé, au Bénin, à un atelier régional visant à renforcer les compétences des journalistes. Objectif : former ces derniers aux droits et à la santé sexuelle.

À Cotonou, des journalistes des 9 pays partenaires du PO se sont retrouvés pour être formés sur les droits et la santé sexuelle. / Awa Seydou

Contexte et objectifs du partenariat de Ouagadougou

Constitué en 2011, le Partenariat de Ouagadougou (PO) aide les neuf pays d’Afrique de l’Ouest francophone à répondre au besoin de contraception moderne dans la région. L’objectif du PO est d’atteindre 6,5 millions d’utilisatrices additionnelles de méthodes modernes de contraception entre 2020 et 2030. Le PO compte cependant une population rapidement grandissante de jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans, qui représentent en moyenne 42% de la population féminine en âge de procréer dans les pays du PO. À l’heure où les adolescentes de 15 à 19 ans entament leur activité sexuelle, rentrent en union et commencent à avoir des enfants, leurs besoins de santé reproductive sont le plus souvent insatisfaits et leurs voix peu entendues. Le PO cherche par conséquent à atteindre un million de jeunes additionnels à l’horizon 2030.

À écouter

Fatimata Sy, directrice de l’Unité de coordination du Partenariat d’Ouagadougou

Lancement de l’atelier régional

Au total, 55 participants prennent part à cet atelier régional accès sur la thématique l’utilisation de la recherche dans le domaine des Droits et santé sexuelle et reproductive/planification familiale (DSSR/PF). Un atelier de lancement tenu en présence Secrétaire Général du ministère du Numérique et de la digitalisation Marius Atayi  et du représentant du ministère de la Santé.

Une approche d’encouragement de la couverture médiatique de cette thématique dont le lancement s’est tenu à Novotel à Cotonou. Durant cet atelier, « le leadership remarquable du gouvernement béninois » a été salué par Dr Djenebou Diallo, responsable Plaidoyer Senior/UCPO, qui a aussi rappelé l’achat par le Bénin à 400 millions de francs CFA de 144 ambulances de dernière génération pour le renforcement du système de santé. Elle a également rappelé le rôle des médias au sein des communautés pour faire des productions « pour libérer la parole décomplexée une parole complexe ».

À Cotonou, des journalistes des 9 pays partenaires du PO se sont retrouvés pour être formés sur les droits et la santé sexuelle. / (avec autorisation) Partenariat de Ouagadogou

Renforcement des compétences des journalistes

Cet atelier de trois jours, initié par le Partenariat de Ouagadougou lancé en 2011, vise à « renforcer la collaboration avec les journalistes et blogueurs, faciliter les échanges entre les jeunes et les seniors du secteur, et identifier des pistes de collaboration future ».

Fatou Bintou Mbow, représentante du Population Council Bureau du Sénégal, a déclaré que « l’objectif de cet atelier est de renforcer vos compétences en matière d’utilisation des résultats de la recherche liés aux DSSR et de partager avec vous des ressources nécessaires pour exceller dans ce secteur ». Elle a également souligné l’impact des productions journalistiques sur la santé reproductive, affirmant que « la qualité de l’information influence non seulement l’opinion publique, mais aussi les décisions qui peuvent affecter la vie de millions de personnes ».

Les journalistes influencent les décideurs qui lisent les journaux et regardent les informations télévisées quotidiennement. Bien qu’une seule dépêche puisse parfois inciter à l’action, un flux continu d’informations est souvent nécessaire pour éduquer le public et éclairer les débats de politique publique. Les journalistes bien informés sur la santé sexuelle et reproductive peuvent améliorer les politiques publiques.

À consulter

Un guide sur la santé sexuelle et reproductive en afrique de l’ouest francophone à l’attention des journalistes


Reportage. En Mauritanie l’ONG Santé globale aide à l’autonomisation des personnes en situation de handicap

En Mauritanie, l’ONG Santé Globale soutient l’autonomisation des personnes handicapées grâce au projet Handicapess. Plus de 128 bénéficiaires, dont Mariem et Diabira, ont déjà bénéficié de cette initiative. Un reportage d’Awa Seydou et Soya Watt.

Reportage par Awa Seydou et Soya Watt

Dans la commune d’El Mina, située dans la wilaya de Nouakchott, Mariem Ibrahima Ndiaye vit avec un handicap moteur. Trois fois par semaine, elle se rend au siège de Santé Globale, une organisation non-gouvernementale qui se consacre au bien-être des personnes vivant avec un handicap physique, visuel ou mental.

Cette ONG a lancé le projet « Handicapess« , qui vise à offrir une nouvelle chance à 20 personnes comme Mariem et Diabira. Ce projet leur propose une formation en informatique, des activités sportives adaptées ainsi que des opportunités d’auto-entrepreneuriat. Pour Mariem et Diabira, faisant partie des 128 personnes en situation de handicap identifiées pour bénéficier de ce programme, il s’agit d’une opportunité d’insertion et d’autonomisation.

La ville de Nouakchott concentre le plus grand nombre de personnes vivant avec un handicap, avec 77,5 % de la population concernée. Parmi eux, 38,4 % ont un handicap moteur, 3,5 % sont sourds-muets, et 18,6 % ont d’autres types de handicap, selon les données de Santé Globale.

À lire aussi

Handicap en Mauritanie : le rêve d’une vie meilleure pour Ishag et Kenny