Traoré Awa

Aicha, la femme qui insuffle la vie en prison

Une petite fille est adossée au mur d’une maison, elle chantonne, des promeneurs empruntent la ruelle, chacun vaque à ses occupations … la vie habituelle d’un quartier d’une ville mauritanienne. Personne ne semble prêter attention à cette maison couleur terre, située entre l’épicerie du coin et l’école. Rien ne la distingue des autres maisons du voisinage. Rien, hormis ses habitantes, des femmes que la société a condamné et que la vie a mené en prison.

Dans la cour, les gardes effectuent leurs rondes. Plus loin se tient, droite et fière, une jeune femme prénommée Aicha. Elle a la beauté de sa jeunesse, son regard est doux mais on peut lire dans ses yeux la détermination que requiert sa fonction. « Je ne fais rien d’extraordinaire, je ne fais que mon travail ! » dit-elle modestement avant de décrire la longue liste des activités qu’elle mène au profit des détenues. Dans une pièce rose qui respire la vie, décorée avec des personnages de Walt Disney peints à la main, au milieu de jeux pour enfants Aicha poursuit : « tous les matins, je reçois ici les détenues avec leurs enfants afin de vérifier leur état de santé, à la fois physique et psychique. La plupart d’entre elles ne possèdent rien, elles sont dépourvues de tout et comptent sur nous pour recevoir des couches et des biscuits ».

La présence d’Aicha au sein de cette maison carcérale pour femmes a considérablement changé la vie des détenues. « Les cours de sport leur font beaucoup de bien. Au début j’ai eu énormément de mal à les convaincre du bienfait de l’activité physique sur le moral, mais aujourd’hui elles participent toutes au cours de gym et demandent à ce que l’on mette la musique plus fort !». La vie dans la prison ne s’arrête pas là, Aicha multiplie les activités pour améliorer du mieux qu’elle peut le quotidien de ses protégées, « dès la semaine prochaine, je compte instituer, en plus des cours de couture qui existent déjà, un cours d’art plastique et de création de bijoux, je vais proposer aux femmes de réaliser des bracelets » poursuit-elle en sortant de son sac une dizaine de bracelets de toutes les couleurs qu’elle a réalisés elle-même. « L’essentiel, c’est de les tenir occupées, le temps est long ici, les conditions de vie sont extrêmement dures, elles vivent dans la précarité la plus totale».

Mauritanie ,Aicha ,assistante sociale/crédit photo Unicef
Aicha, assistante sociale en Mauritanie     (crédit : Unicef)

Aicha, émue, raconte l’histoire de ces femmes qu’elle connait toutes personnellement. « Elles sont toutes incarcérées pour Zina (1). Elles se retrouvent ici, enceintes, reniées par leur famille et exclues de la société. Les enfants naissent en prison. Heureusement le système les autorise à garder leurs enfants avec elles, mais leur vies est détruite». Elle poursuit et un sourire vient sitôt éclairer son visage : «ma plus grande fierté est de les voir sereines après une séance de discussion, la parole est essentielle, il est vital pour elles de pouvoir s’exprimer. C’est souvent difficile de les écouter, ce qu’elles me racontent est très dur, mais je sais combien ces échanges sont importants, cela me fait de tenir. Je reçois aussi le soutien de collègues qui comprennent mon engagement ». Aujourd’hui, la prison compte 24 femmes dont deux mineurs. « La condition des femmes dans nos pays est complexe mais, malgré tout, elle s’améliore. Lorsque j’étais enfant, jamais ma mère n’aurait imaginer travailler, à l’époque c’était impensable, mais moi, à 25 ans, je suis diplômée et je travaille sans difficulté. Mon rêve ? Peindre. Peindre mes émotions, ma joie, ma colère. J’ai une âme d’artiste».

Aicha est assistante sociale, son travail se fait dans le cadre d’un projet mis en œuvre par la fondation Noura, en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Ce projet vise à renforcer l’accès aux services sociaux pour les détenues mineurs et les femmes en fin de peine carcérale. Elles peuvent ainsi bénéficier de cours d’alphabétisation, elles ont aussi accès à un suivi psycho-social et à une réinsertion socio-économique. Ces actions viennent s’inscrire dans l’esprit de renforcement des efforts déjà fournis par la Direction des Affaires Pénitentiaires et des Affaires Pénales (DAPAP) et la Direction de la Protection Judiciaire de l’Enfant (DPJE).
L’UNICEF est un des principaux organismes d’aide humanitaire et de développement pour les enfants, elle s’efforce d’améliorer la vie des enfants et de leur famille. Les droits de l’enfant commencent par un hébergement sûr, une bonne nutrition et la protection contre les conflits ou les catastrophes naturelles. Les soins sont donnés dès le début de la vie, avec des soins prénatals pour une naissance en bonne santé, cela continue avec des soins de santé tout au long de l’enfance et un accès assuré à l’éducation. L’organisation est implantée partout dans le monde.

(1) La Zina désigne l’adultère dans la loi islamique. Les relations hors mariage sont considérées comme un crime contre le principe de filiation car les enfants naturels engendrent confusion et chaos dans les lignages familiaux.

Source: UNICEF


Dors en Paix Cheikh

Difficile de reprendre la plume après une fin d’année 2015 endeuillée en Mauritanie par cet accident tragique survenu ce mardi 22 décembre et qui vous a couté la vie. Difficile de réaliser qu’on se ne parlera plus, qu’on ne se verra plus en réunion de bureau, en réunion générale du Club Des Jeunes Journalistes (dont tu étais le président), lors des conférences de presse et autres occasions à couvrir.

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Archive Mise en place du Club Des Jeunes Journalistes(CJJ) crédit photo AST

Cheikh, Voilà au temps de souvenirs forts de cette relation professionnelle tissée d’avantage au sein du club des Jeunes Journalistes mis en orbite le 14 février 2013. Un bébé qu’on a tous adopté , on est ccjiens tout simplement.
Avec le staff CJJ, que de moments partagés, de débats passionnant mais nécessaires menés pour acheminer à bord port ce navire dont tu étais le capitaine, « le président fondateur », une expression qui te faisait souvent rire, de ton sourire discret dont tu avais le secret.
Un des grands souvenirs de cette aventure humaine, c’est cette ambiance de coordination qui régnait  pour faire en sorte que chaque décision engageant ce club soit discutée comme dans une vraie démocratie. Un défis difficile qu’on a tenté de faire vivre tout au long de nos actions.
De toutes nos activités menées, je garde un coup de cœur pour le débat présidentiel, qu’on a tenté d’organiser pour réunir sur un même plateau en 2014, les candidats de la dernière présidentielle mauritanienne. Jusqu’à la dernière minute, on a cru pouvoir relevé ce challenge tant encouragé par des mauritaniens comme on l’a vu par l’écho médiatique de cet évènement. On voulait aussi pour cette circonstance, inviter les exemples de la démocratie, une idée que tu défendais sans cesse. Au finish, le plus important, c’est d’avoir porter cette ambition.
On s’est vu la dernière fois, le 6 décembre lors d’un atelier du Lions Club sur la responsabilisation de la jeunesse(le lendemain j’ai voyagé sur Dakar pour deux semaines) , j’étais loin d’imaginer que cela allait être la dernière fois que je te verrai, toi que j’ai photographiée ce jour là en compagnie de DJ à Wissal pendant une interview. Difficile de reprendre le rythme normal de la vie après cette immense perte. Le moral en berne.

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Archive réunion CJJ/crédit photo AwaSeydou

Tu es parti sitôt, prési après avoir songé plus de 2ans plutôt à la mis en place d’une structure regroupant les jeunes journalistes, une idée acceptée par tes confrères qui ont tous baptisé le 14fevrier 2013 ce bébé : Club des Jeunes Journalistes(CJJ). Un symbole de leadership des jeunes journalistes de Mauritanie dont tu étais une des voix.

Dormez en paix!!!


Sénégal: mort du célèbre percussionniste Doudou Ndiaye Rose

J’ai eu la chair de poule  ce 19 août en apprenant le décès du célèbre tambourinaire Doudou Ndiaye Rose du pays de la Téranga (Sénégal) par une émission spéciale de la TFM (Télévision Futur Médias) appartenant à Yousou Ndour.

Le Sénégal perd ainsi de ses plus grands ambassadeurs culturel dont j’entendais parlé très souvent lors de mon séjour sénéglais. Un passionné qui a su faire vibrer les couleurs sénégalaises au son de ton tambour, dont il était devenu un maître incontestable. Ainsi s’en va à 85 ans, l’un des musiciens africains les plus célèbres du XXe siècle, « le mathématicien des rythmes, le grand maître des tambours, capable de diriger cent batteurs sur plusieurs rythmes en même temps ».

Doudou N'diaye Rose en 2014/crédit photo wikipédia
Doudou N’diaye Rose en 2014/crédit photo wikipédia

Le défunt , percussionniste qui était aussi « un tambour major »  est décédé  dans un hôpital de son pays où il avait été évacué suite à un malaise. Il avait pris part ce 18 août aux obsèques de son ami Vieux Sing Faye, père  de Mbaye Dieye Faye compagnon de Youssou Ndour.

Doudou Ndiaye Rose issu d’une famille de griot, a été  classé par l’Unesco « trésor humain vivant » une façon de saluer ce talent pleuré aujourd’hui par une génération de fans et d’élèves dont le regard est tourné sans doute vers le probable successeur de ce « percussionniste hors pair ».

 


Voilà pourquoi le Nouakchttois n’aime pas la pluie

C’est le mois d’août ou mois de thio, thio (forte pluie au Mali), malgré tout la pluie peine à venir à Nouakchott. Pour moi habituée à l’hivernage ça fait bizarre. Je ne peux que m’étonner devant cette situation, qui est « normale » me disent mes amis mauritaniens qui se plaignent chaque année du manque de canalisations dans Nouakchott. Chaque fois que je relance ce débat climatique, Med me répète autour du thé  « awa pardon ! la pluie n’a qu’à arriver là-bas, pas ici » lance-t-il comme pour dire à la pluie de ne pas descendre, la peur est générale. La dernière fois que le ciel a fait des siennes ce fut terrible.

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crédit photo rimweb & Awa Seydou

Je me préparais à l’arrivée de la pluie comme au bon vieux temps. Il faisait chaud ce soir-là quand Nouakchott a reçu sa première dose de pluie dans la nuit de samedi à dimanche. Et depuis on a tous le regard rivé sur le ciel : pleuvra-t-il ou non ? La question est constante. La pluie effraie. Certains n’hésitent pas à dire  » si le ciel crache encore, on est foutu »,

A Nouakchott, quand la pluie tombe les ruelles sont inondées, des maisons abandonnées. L’eau stagne çà et là, des ruelles sont impraticables par voiture. Alors que la pluie s’est lâchée encore ce 12 août, les mouches envahissent nos maisons même de nuit.

Malgré l’inondation des voisins continuent à verser leurs eaux dans les rues déjà débordées. A l’aide de citernes, les employés de l’ONAS (Office national d’assainissement) tentent de capter ces eaux; une opération qui n’est pas toujours couronnée de succès, ainsi au marché aux poissons, l’eau et les ordures occupent toute la place des vendeurs.

Les intempéries ont pour conséquence : l’augmentation du prix des loyers en fonction des humeurs du propriétaire, le prix du taxi grimpe aussi, les bottes se vendent comme des petits pains (une paire à 1 200 Um soit 3,40 euros), et certains arrivent en retard au boulot alors que d’autres chôment à cause de l’eau.

Dans la capitale, beaucoup ont en mémoire l’année 2013, une année où les inondations ont fait beaucoup de dégâts. Depuis, la crainte est toujours là.


Arabie Saoudite : plus de 200 mauritaniennes victimes de traite selon AFCF

Cette nouvelle fracassante est une révélation de l’AFCF (L’Association des Femmes Chefs de Famille) qui travaille à pied d’œuvre  pour tirer au clair cette affaire qui défraie la chronique ici. Pour comprendre cette histoire, ma curiosité m’a poussé d’aller vendredi faire un tour à l’AFCF dont le siège reçoit depuis quelque temps un relooking.

crédit photo
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Je suis tombée sur la maitresse des lieux Aminetou Mint Moctar qui m’expliqua avec insistance que plus de 200 mauritaniennes sont actuellement victime de traite en Arabie Saoudite. Au total 500 étaient ciblées par ce départ qui a attiré le soupçon de l’équipe AFCF qui a une idée déjà sur la dame cerveau de cette affaire en république islamique de Mauritanie.

Alors qu’une plainte a été déposée chez le procureur dans le cadre de ce dossier, l’AFCF dénonce le mauvais traitement, insultes, séquestrations, de ces mauritaniennes dont une a été « violée ». Ainsi cette association accuse « Ce genre de trafic est orchestré par une jeune femme mauritanienne sans aucune autorisation légale et avec la complicité de certaines administrations qui ont fourni ce grand nombre de passeports. Il faut aussi noter la responsabilité des autorités saoudiennes qui ont octroyé des visas à un grand nombre des jeunes femmes harratines , qui cache une forme d’esclavage sexuelle et engendre l’exploitation dans toutes ses formes, l’AFCF suit cette affaire à la police et devant le procureur de Nouakchott » lit -on sur la page facebook de cette structure.

C’est grâce à l’intelligence d’une de ces mauritanienne « menacée de mort » après révélation de ce fait que l’affaire a éclaté au grand jour, car cette dernière a eu l’idée géniale de cacher son phone à ces maîtres qui avaient donné l’ordre de saisir tous les portables pour prévenir toute fuite.Mais apparemment ils sont oublié que le génie de la femme est plus fort, ainsi une d’elle téléphona sa mère pour lui dire ce qu’elles reçoivent comme calvaire là bas. C’est cette maman qui débarqua à l’AFCF en larmes (après maintes recherche de cette association ) pour exprimer son chagrin sur cette histoire qui n’a pas encore livré tous ses secrets.