Traoré Awa

Le savoir parler

Beaucoup de Maliens se souviendront de cette journée où leur nouvel ambassadeur les avait conviés  ce 19 juillet à une rencontre comme  sous l’arbre à palabres du bon vieux temps. Chacun avait carte blanche pour dire ses problèmes en tant que Malien de l’extérieur afin que ses maux soient transmis à qui de droit et solutionnés .

Crédit photo
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La salle de l’ancienne maison des jeunes stylée, aux couleurs du Mali, avait refusé du monde. Il ne manquait juste que le thé du « grin » pour faire comme au pays, mais l’esprit était aux actes et non aux commentaires.

L’assistance qui avait sans soute beaucoup choses sur le cœur était difficile à gérer tant les sujets tels que la carte de séjour, le bilan du Haut Conseil des Maliens de Mauritanie, le permis de travail étaient des mots sensibles dont il fallait parler en toute objectivité et connaissance de cause.

Alors que certains tenaient à ce que les propos soient traduits en bambara, le vieux Maiga, 82 ans et très fier de ses 46 ans de séjour en Mauritanie s’adressa à ses compatriotes en montrant sa carte d’adhésion du Haut Conseil des Maliens.

Lassé peut être par le manque d’engagement de ses frères dans la vie associative le patriarche en boubou version malienne laissa éclater sa colère. Il prononça la phrase qui fit partir beaucoup de monde : « Vous n’êtes pas des Maliens, vous n’êtes pas des Maliens !!! » Il fallut un bon moment avant que la salle ne retrouve son calme.

Quelque soit x ou y, tout homme doit savoir parler avec respect à ses semblables.


La longue marche des mauritaniennes pour la liberté (vidéo)

Je suis très émue d’avoir plongée ce matin dans mes archives où je suis tombée sur ce film dont j’ai prit part à la réalisation il ya plus de deux ans. Un documentaire toujours d’actualité de Noorinfo qui revient sur le  combat des mauritaniennes pour leur émancipation dans une république islamique où elles sont majoritaires sur le plan démographique alors qu’elles demandent sans cesse une forte représentativité dans les sphères de décisions à tous les niveaux.  Voici donc ce regard croisé de mauritaniennes sur le haut et les bas d’une lutte pour la liberté.


Coupure d’électricité à Nouakchott

Coupure, coupure!!! voilà ce qui rythme la vie des Nouakchottois ces derniers temps, où la chaleur bat son plein en plus . Il y a coupure de courant presque tous les jours, à plusieurs reprises par jour, une donne qu fait grincer des dents. Une situation qui énerve bon nombre de citoyens qui se plaignent que certains quartiers en sont plus victimes que d’autres. C’est vraiment difficile de garder son sang froid en cette période de forte consommation de ramadan où tous les regards sont tournés vers la Somelec.

Coupure/crédit photo
Coupure/crédit photo

A tout moment le courant là peut vous lâcher, il faut s’activer pour charger un portable, une camera, pour envoyer un mail etc… avant que le courant ne pars puisse qu’il n’y a pas un système d’alerte automatique des consommateurs dans ce sens sauf raison exceptionnelle .

Dès qu’il y a obscurité  on se précipite pour demander si c’est perso ou général. Ainsi dans notre quartier à Basra, on vit au rythme de cette expression » il n’ya pas courant encore, c’est général ou pas? ». Une recrudescence de coupure qui n’est pas sans conséquence à tous les niveaux de la vie . L’attente est parfois lassante, il ya quelques jours, on a fait près de 10h plongée dans le noir , une chose fréquente où la vie est rythmée par le départ et l’arrivée du courant. Mais à quand la fin de ces délestages, la Somelec manque de ressource qualifiée pour faire face à cette demande de 1er nécessité ? voilà une des nombreuses questions que je me pose sans cesse.


Bako Dagnon: Elle est de ceux dont la mort ne mangera pas le nom

Le temps s’est voulu clément sur Bamako :  il a tenu à être en berne pour toi et pour la foule éplorée qui t’a confiée ce matin au cimetière de Lafia-Aci. Ce temps adouci exprès a tenu à te rendre hommage aussi. Hommage pour ton talent qui a traversé les décennies ; hommage pour ta voix caractéristique celle d’une Oum Khaltoum mandingue ; hommage pour la sagesse particulière de ton art, le message de ton art qui est, en fait,  un livre de la vie et de la mort.

Décès de Bako Dagnon/crédit photo
Décès de Bako Dagnon/crédit photo

Nous sommes des millions auxquels tu manqueras, auxquels manqueront ta simplicité, ta tendresse et ta fidélité, signes d’une éducation familiale solide qui sait donner au prince et au sujet la même qualité de sourire. Personne ne restera. Nous n’avons qu’un temps pour rester, un autre pour partir. Mais les plus méritants auront tout le temps d’être présents et de rester par la force de l’œuvre. De ce petit monde de privilégiés dont la terre mangera la coque périssable mais jamais le nom, tu fais partie, Bako.

 

L’image immortelle est ce portrait  de toi barrant depuis hier le portail de Maliweb. Sans les  bijoux de la vanité, avec ton seul charisme soutenu par ce regard qui a toujours été le tien, serein et prenant la vie telle qu’elle se présente et non telle qu’on voudrait la soumettre. Parce que de Dieu la loi est la plus forte. Parce qu’à cette loi, personne ne dérogera.  La trame est tel que mêmes les semeurs peuvent partir en temps de récoltes. Merci pour le moment, merci pour les bons moments, Merci l’artiste et merci la soeur !

Adam Thiam (Mali)


Marmite du partage : A la découverte de la précarité de Nouakchott

Samedi 27 juin, il est 18h lorsqu’on débarque au niveau de ce gazra (habitat de fortune) situé en face de l’hôpital Bouamatou. Une référence qui facile la localisation de cet espace sis à Tevragh Zeina un quartier « bourgeois » de Nouakchott où logent sans électricité 656 familles depuis des années.

Un espace poubelle devenu gazra

Distribution repas de la Marmite du partage/credit Awa Seydou
Ramadan Distribution repas de la Marmite du partage/crédit Awa Seydou

La Marmite du partage (MP) soutenue cette année par Tasiast, Ora Bank, a ciblé ce gazra pour effectuer sa 2e sortie au tour de ftour (rupture du jeûne) destiné à offrir un repas du soir à « ses démunis » dont la plupart chôment et vivent ici en attendant un jour « d’être relogé par l’Etat dans des habitats sociaux » témoigne Bilal, imam de ce gaza, sans travail et père de 9 enfants habitant d’ici depuis 2002. Ces habitants qui ne louent pas cet espace espèrent qu’on leur offrira un de ces jours un terrain personnalisé, en attendant ils risquent d’être expulsés à tout moment nous confie l’Imam Bilal.

Marmite du partage Préparation rupture du jeûne/crédit photo Awa Seydou
Marmite du partage Préparation rupture du jeûne/crédit photo Awa Seydou

Dans ce gazra autre fois, « poubelle », les enfants errent sans se soucier de la précarité qui règne dans ce lieu où l’eau manque très témoigne une habitante. Manque d’eau, d’électricité, de route, de scolarisation, de travail, de papier, voilà les maux lancés à travers des témoignages recueillis lors de notre passage alors que l’équipe de la MP s’attelait à mettre les dernières touches pour offrir un repas du soir à travers ces centaines de bénévoles « venus offrir un temps aux autres ».

Aicha contente de cette opération de distribution de repas, entourée de ses voisines nous explique qu’elles travaillent pour la part comme aides ménagères pour subvenir aux dépenses quotidiennes. Habitant ici depuis 3ans, elle se désole de « l’absence de soutien de l’état » tout en espérant une augmentation de ce type de « geste de distribution repas» en dehors du ramadan.

Une famille dans un Gazra à Nktt/crédit photo Awa Seydou
Une famille dans un Gazra à Nktt/crédit photo Awa Seydou

Fatimétou une chômeuse mère de deux enfants dont le mari travaille parle des options de débrouillardise d’ici « si on a un peu d’argent on mange, ou on va dans les boutiques Aziz ». De telle action qui consiste à « mettre un projecteur » sur la pauvreté de ces populations est « un appel aux autorités » lance Khally Diallo, initiateur de la MP pour qui ce geste permet « d’aider l’état dans sa démarche ». Lors de cette sortie Khartoum Thiam, SG de la MP s’est prononcée sur des difficultés rencontrées tels que les imprévus et le manque d’accessibilité de certains sites.

La prochaine sortie de la marmite du partage est prévue ce 4 juillet (samedi) à Lemgheith dans la commune Dar Naim.

Awa Seydou Traoré

(rimweb.net)