Migrantes en Mauritanie : Femmes venues d’ailleurs, sentiments d’ici

C’est avec un réel plaisir que je partage cet article encore dédié au dynamisme des femmes , primé dans la catégorie Presse Ecrite le 3 mai dernier lors de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse. Une initiative du Club des Jeunes Journalistes(CJJ) en Mauritanie, saluant la mémoire de Feu Cheikh Oumar Ndiaye, 1er président et membre fondateur de ce club créée en 2013.

Migrer pour un lendemain meilleur, rejoindre un mari. Voilà des raisons qui amènent parfois des femmes d’Afrique de l’ouest à vivre loin de leur terre natale. Un séjour fait de hauts et de bas. Maimouna, Awa et Nouha, Mauritaniennes de cœur, racontent leur quotidien dans ce pays.

crédit photo

« Mai » pour ses intimes, de son vrai nom Maimouna Diédhiou, elle est Sénégalaise. Originaire de Casamance, elle a quitté cette ville du Sénégal il y a une dizaine d’année pour gagner sa vie en Mauritanie « le pays au million de poètes ». Cette Mauritanie d’où partent les subsides avec lesquels elle subvient aux besoins de son fils devenu footballeur professionnel dans son pays.

Mai a commencé par travailler comme domestique. Depuis 2004 cependant, elle est cuisinière au restaurant du Centre Culturel Français (CCF), devenu Institut français de Mauritanie (IFM). Sur ses tables passent toutes les cuisines africaines, avec cet art consommé que lui a transmis sa mère. Mai en témoigne en toute fierté, vibrant constamment au rythme de la musique de son terroir qui sert de fond sonore à cet entretien.

Son départ du Sénégal ne fut pas facile à accepter pour ses parents. Mais c’était sans compter avec sa détermination. « Il me fallait partir pour me battre ». Une façon aussi de faire des « économies » tout en se prenant en charge. « Aujourd’hui je fais ce que je peux pour la famille, dans la mesure du possible », confie-t-elle. Avant tout passe la scolarité de son fils, aujourd’hui à l’Université et joueur professionnel.

Mai mène « une vie simple » et juge son salaire « acceptable ». Le montant elle préfère ne pas le dévoiler, mais assure qu’il s’agit d’un revenu qui lui permet de se « débrouiller ». Partagée entre son pays natal et le pays qui l’accueille, elle déclare vouloir « parfois quitter la Mauritanie », mais les liens qui le retiennent résistent à cette envie. « Je suis attachée à ce lieu », confesse-t-elle. Autour d’elle des amitiés se sont tissées. Avec le personnel de l’IFM surtout.

Tout n’est cependant pas rose en Mauritanie. Ses déplacements à Nouakchott, Mai les a « réduits » face aux menaces de rafle et d’expulsion pour les non détenteurs de carte de séjour. L’accès à ce document relève d’un parcours du combattant pour de nombreux migrants. Pour contourner ces difficultés, Mai se rend à la frontière avec le Sénégal, à Rosso, pour trouver une « carte devise » renouvelable tous les trois mois. De quoi vivre tranquillement en République Islamique de Mauritanie. En attendant le prochain renouvellement.

Awa Métro, le savoir faire culinaire malien à Nouakchott

Ses clients lui ont donné, le nom du restaurant de son mari dont elle est la co-gérante. « Awa Métro » s’appelle en fait Awa Camara. Elle vit en Mauritanie depuis 2003, année où elle est venue rejoindre son mari. Son labeur quotidien a commencé par la vente de jus locaux, avant que la restauration ne finisse par le happer en 2007. Des spécialités maliennes aux autres plats africains vendus à 300 ouguiyas mauritaniens (Um), elle a fini de faire sa publicité dans le landerneau de Nouakchott. Son restaurant situé au Quartier 5e est opérationnel de jour comme de nuit. Elle anticipe même pour déclarer « qu’à l’avenir il n y aura plus de place pour le repos ».

Ce restaurant où ses clients se bousculent est « une fenêtre sur le Mali. On se sent au Mali en étant au Métro et on y côtoie différentes nationalités », souligne Awa. Quand elle quitte les fourneaux, c’est pour s’investir dans la vie des mouvements de femmes maliennes (tontine, baptêmes, mariages etc.). Au fil du temps, ses parents qui résident au Mali ont pu s’épanouir grâce aux subsides qu’elle leur envoie de ce « savoir-faire » qui est une forme d’autonomisation. « On y gagne des fois, mais ça ne marche pas tout le temps du fait qu’il y a beaucoup de restaurants. C’est notre métier. On ne peut pas le laisser tomber », confie-t-elle.. Quand les clients désertent son restaurant, c’est pour défaut de carte de séjour. Il leur faut se cacher en attendant d’en trouver. Pour elle aussi il est difficile d’en trouver. Notamment pour ses enfants qui ont des « scolarités compliquées une fois arrivés au brevet », car « le manque de connaissance de la langue (arabe) constitue un problème ».

Nouha Traoré, Une passion pour la teinture
Nouha fut coiffeuse, mais cette vie de salon appartient désormais au passé. Depuis vingt ans qu’elle a investi la teinture, elle a pu se faire un « trou » à Aïoun El Atrouss, une ville du sud de la Mauritanie, dans la région Hodh El Gharbi. Les rudiments lui viennent d’une famille mauritanienne qui l’a initiée à la technique, aujourd’hui elle en a fait un art. Spécialisée dans la couleur unique, elle ramasse entre 1500 et 3000 Um par habit. Avec la couleur multiple, ses tarifs peuvent monter à 4 000 Um et plus. « La teinture est plus rentable que beaucoup de boulots », mais elle ne manque pas de « contraintes », note-t-elle. Les intrants tels que les teintures peuvent devenir rares sur le marché. Il arrive aussi que les clients ne passent qu’à compte-gouttes. Sans compter l’inconfort causé par l’utilisation de produits chimiques dans le processus de teinture. Le plus difficile, cependant, c’est quand on perd les habits déposés par les clients et qu’il faille les rembourser.

Mais tout cela n’est pas pour lui gâcher sa vie en Mauritanie. Mariée à un mauritanien, mère de huit enfants, Nouha se rend chaque année au Mali. Loin de Nouakchott, à Aïoun El Atrouss, la vie s’écoule ici tranquillement. « Avec des hauts et des bas, mais on sent moins la pression de la carte de séjour ».

Accompagner le migrant

Pour l’Association mauritanienne des Droits de l’homme (AMDH) qui travaille dans l’accompagnement et le suivi judiciaire des migrants, cette question de « la carte » demeure un défi. Par ailleurs membre de Loujna-Tounkaranké, un collectif pour la défense des droits des migrantes au Maghreb et en Afrique de l’Ouest, sa présidente, Me Fatimata Mbaye, récente lauréate du prix Goralska, juge « difficile la situation des migrants en Mauritanie où on assiste à un blocage lié au renouvellement du titre de séjour. Les migrants et migrantes sont confrontés parfois à des violations de droit, mais aussi à des violences de la part de leurs employeurs, leurs salaires ne sont pas parfois payés, ils n’ont pas toujours droit au congé et n’osent rien réclamer de peur d’être virés. Quand ils sont dans la rue, c’est avec la peur de finir dans des « bus séjour » ou des « bus horaires », avec les rafles de la police », assure Me Mbaye.

L’encadrement des migrants en Mauritanie est une tâche qui mobilise ainsi l’AMDH avec la nécessité d’une veille constante. Chaque mois, à son siège de Nouakchott, une réunion du Comité de concertation et de communication se tient avec les communautés « tounkaranké » (migrants). Celles-ci exposent leurs difficultés, bénéficient d’un accompagnement au niveau du Centre d’écoute et profitent d’une assistance judiciaire. Tout cela se prolonge à travers Migrant Scène, un espace où cette communauté trouve l’occasion de faire connaitre les conditions de vie des migrants et de mettre en valeur, par exemple, les parcours et savoir faire des migrantes comme Maimouna Diédhiou, Awa Camara et Nouha Traoré.

La situation des migrants s’avère difficile en Mauritanie, mais la mobilisation qui se développe autour de cette question demeure importante. Notamment avec le Forum des organisations nationales de Droits Humains (FONADH) qui regroupe dix-neuf associations (dont l’AMDH) et mène des actions de « plaidoyer pour attirer l’attention des autorités sur la situation de ces personnes ». Si le secrétaire exécutif de cette organisation, Mamadou Sarr dépeint la Mauritanie comme « un pays d’accueil et de transit », il témoigne aussi qu’il s’agit d’un pays où « les migrants sont vulnérables » mais « essentiels au développement du pays ». Ce sont eux qui acceptent de faire « les travaux que les Mauritaniens n’acceptent pas de faire ». Il faut donc leur « réserver un accueil leur permettant d’évoluer » plus librement.

Enquête de Awa Seydou Traoré

Rimweb

En collaboration avec l’Institut Panos Afrique de l’Ouest(IPAO)

Mauritanie: des femmes présentent le journal en rappant

C’est la première fois que la présentation de cette édition d’information, lancée il y a près de deux ans, est confiée aux dames. Le journal est toujours présenté en rappant.  Depuis Nouakchott, je vous invite à débuter cette semaine avec un plateau d’information en plusieurs langues.

crédit photo :  Journal Chi Taari rappé

J’ai eu un coup de cœur, en suivant ce journal à la sauce rappée, où des mauritaniennes prennent le micro pour nous raconter leur actualité, l’actualité de ce pays où la chaleur s’installe peu à peu, sans doute à cause du réchauffement climatique. Un numéro spécial  du journal rappé qui célèbre à sa façon le 8 mars 2017, journée de la femme.

Un autre talent de mes collègues dames qui se fait découvrir à travers un concept repris en Mauritanie par Liman Kane alias Monza, un des tenors du rap national. Voilà le menu de cette édition présentée dans une ambiance rappée, avec humour, classe, à voir ici donc ce spécial JT consacré en bref à entrepreneuriat et foot féminin:

 

Mauritanie: des cours pour lutter contre les violences faites aux femmes

En République Islamique de Mauritanie, des cours d’auto-défense sont désormais proposés par l’application ProjetTaxisecure aux femmes pour se prémunir des violences.

Des séances de self défense. Crédit photo : Projet Taxisecure Self Défense.

Pour lutter contre les violences faites aux Mauritaniennes, les initiateurs du projet Taxisecure au départ une application mobile, un des lauréat de la 1ère édition de Mauri app Challenge initié par l’Association Hadina Rim TIC, ont mis en place cette initiative dénommé Taxisecure Self Défense en Mauritanie.

Ce sont des cours d’initiation à des techniques d’art martiaux pour se protéger devant d’éventuelles menaces. Certaines jeunes filles y prennent goût, et suivent des séances de formations gratuites, depuis sept mois, dans le but de devenir de futures formatrices. Cette idée fait son chemin.

Sall Harouna Ibrahima du haut de ses 26 ans d’expérience en tant que prof d’arts martiaux mise sur ces talents, afin de montrer que l’auto-défense est aussi un sport féminin dans une république islamique comme la Mauritanie.

Dioully Diallo Oumar du projet Taxisecure Self Défense, espère une forte adhésion des parents des bénéficiaires de cette action au nom du droit à l’autodéfense.Un outil aussi de promotion du sport féminin.

Ce projet sera t-il un outil redoutable de protection des jeunes filles et des femmes en général en Mauritanie? Un souhait important, promesse de reines d’Afrique.

Mauritanie: Mariage, les castes ont la peau dure

Voilà le titre d’un reportage vidéo réalisé par la consœur Halima Diagana sur les problèmes de mariage entre caste en Mauritanie.Un reportage réalisé dans le cadre d’une série de formation des journalistes sur les droits humains en Mauritanie, initiée en 2006 par la GIZ. Une production qui livre des témoignages exprimant souvent la complexité du mariage entre deux amoureux de caste différents, pour qui pourtant, l’amour n’a pas de frontière, ni couleur et odeur.

La photographe Medina y raconte son idylle . Alors qu’elle rêvait de se marier avec son homme, elle a été conseillée par sa grande sœur qui lui fait savoir qu’avant de se marier avec un homme, « il faut savoir s’il est noble ou non ». Un conseil qui la touchant et l’agaçant à la fois selon sa confidence. Par peur de confrontation, elle renonça à son amour, pour ne pas « perdre » sa famille. La journaliste Zeynebou y relate, la bataille d’une de ses proches pour l’homme qu’elle aime, après de nombreux difficultés, la famille accepta cette union. Salimata Sy de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF) fait savoir que le problème de mariage entre caste en Mauritanie est « un phénomène de société qui affecte profondément nos populations ».

Face au poids de la tradition, souvent, certains renoncent à cet amour si rêvé au profit de l’entente familiale. Je vous invite à suivre ce reportage qui donne des frissons tellement les témoignages sont poignants.