Le blogueur centrafricain Baba Mahamat « Nous assistons à une situation très critique, intenable, insoutenable, invivable »

Le pays va mal , voilà un mot qui résume cette prise de parole du blogueur centrafricain Baba Mahamat pour qui le Cameroun est devenu un second pays alors que la secte Boko Haram trouble désormais le sommeil de Paul Biya président du pays des « Lions indomptables ». Je surnommais Baba avec des collègues à Abidjan « El présidenté » sur un ton taquin je disais aussi « prési célibataire » ,il me répondait que cela n’est pas grave au gondwana toi même tu sais…. bref passons au focus du jour. Ce jeune au sourire perpétuel nous livre ici ses doléances comme ses compatriotes qui s’expriment sur les enjeux des consultations populaires en cours.

C’est dur mon frère mais comme le dit le groupe Magic système de la Côte d’Ivoire tant qu’il ya la vie il ya l’espoir. Chez moi au Mali on se demande chaque jour quand est ce qu’il y aura une paix définitive au nord du pays? difficile de répondre mais disons que inchaallah… en 2015 tant que les pourparlers se poursuivent sans se ressembler.En attendant voilà le témoignage très personnel mais criant accordé à Reines d’Afrique(R.A) par Baba Mahamat une des hommes forts du blogging.

R.A : Comment se porte votre pays la Centrafrique même si vous vivez au Cameroun voisin ?

Merci tout d’abord de portez votre choix sur ma modeste personne en m’accordant cette interview. Mon pays la République centrafricaine n’a pas la bonne forme. Avec tout ce qui s’est passé et qui continue à faire de victimes au moment où nous parlons, dire que tout va pour le mieux, c’est méconnaitre les innocents qui ont été sacrifiés sans aucune raison valable, c’est aussi ignorer la situation que traverse chaque centrafricain dans son tréfonds. En de termes faciles, beaucoup reste à faire pour revoir ce pays bantu jadis paisible et hospitalier qu’est la RCA. La crise est encore présente et devant nous.

R.A : Avez-vous le sentiment que la situation se normalise dans votre pays ?

Pour être honnête, la situation s’améliore très lentement dans la capitale Bangui mais dans les provinces, c’est la population est laissée à la merci des hors-la loi. Il y a un vide sécuritaire qui n’a pas de nom. Nous assistons à une situation très critique, intenable, insoutenable, invivable. Les centrafricains en général, et ceux des provinces vivotent. Martyrisés soit par les antibalakas ou par les Seleka dans les zones qu’ils contrôlent et qui échappent complètement à l’autorité de l’Etat, la terreur est le mode de gouvernance pour faire asseoir leur autorité en se livrant à des actes de banditisme et de violence. Le peuple centrafricain est entre le marteau et l’enclume. Il ne sait à quel Saint se vouer. Chaque centrafricain vous dira qu’il n’attend plus, pas cette apparente accalmie qui peut être rompue à tout moment par la volonté soit des antibalaka soit des Seleka.

R.A : Quels sont les sources de blocage jusqu’à présent ?

Nous sommes dans une situation où la violence est utilisée et entretenue par de tierces groupes qui profitent de cette situation. Ces groupes et les personnes qui les soutiennent sont connus. Nous avons affaire à certains qui veulent bien retrouver la raison en voulant contribuer pour le retour de la paix. Cependant, un groupuscule continue à croire que seule la violence peut les amener à assouvir leurs envies lugubres. Il est malheureux que ces personnes qui nuisent au processus de réconciliation et de la paix ne soient pas inquiétées, pourtant connues même d’un enfant qui vient de naitre. Par ce qu’il y a des preuves et surtout des affirmations claires de leur part qui corroborent la thèse de leur soutien indéfectible à un groupe. Et dans ce cas de figure, les mettre hors d’état de nuire est un bon debout pour la résolution de la crise car on ne peut laisser un infime groupe d’individus prendre en otage tout un peuple.

R.A : Comment juges- vous le bilan de la présidente Catherine Samba Panza ?

La présidente de la transition Catherine Samba Panza est au pouvoir depuis une année déjà. Même si, la situation s’améliore très lentement, il reste beaucoup à faire. Lorsqu’elle avait été élue par les membres du Conseil national de transition, organe substituant le parlement centrafricain, tout le monde a applaudi le choix d’une femme qui va conduire ce peuple pour la première fois de l’histoire centrafricaine. Tout est à refaire dans ce pays, tous les indicateurs sont au rouge. Et l’espoir des uns et des autres était grand. La situation était tellement complexe et je suis sûr qu’elle ne mesurait pas les obstacles qui devraient faire surface. Elle a été très courageuse pour accepter ce poste. Mais des erreurs de choix ont été commises et tout porte à croire que l’équipe de transition n’est pas à la hauteur de ses tâches. Nous sommes dans une situation d’extrême urgence où des vies sont menacées, des enfants et des femmes dorment dans des camps de déplacés appelés « Ledger », un nombre important de la population a été contraint de se déplacer. De la sécurité en passant par les finances, l’éducation ou encore la santé, les attentes du centrafricain sont légions et difficiles à satisfaire par l’équipe de la transition.

R.A : Jugez Bozizé sans demander des comptes à Djotodja, est-ce rendre justice à la Centrafrique ?

Je me suis toujours demandé pourquoi les gens ne peuvent pas comprendre que nous vivons une situation qui résulte de nos erreurs du passé. Depuis plus de deux décennies, l’impunité s’est érigée en mode de gouvernance. N’importe qui peut se lever un matin, créer une rébellion et à défaut d’accéder au pouvoir même avec le sang dans les mains, être promu à des postes de responsabilité avec à la clé l’abandon des poursuites judiciaires. Ce cycle vicieux continue son chemin. Il est bien regrettable. Alors, pour revenir à votre interrogation, je suis entièrement d’avis que François Bozize et Michel Djotodia, tous deux soient poursuivis pour leurs rôles présumés dans le conflit qui a décimé tout un pays avec de milliers de victimes. Il faut que non seulement ces deux, mais aussi toutes les personnes soupçonnées d’atrocité, de viol, de pillage, … soient poursuivies par la justice. La justice doit faire son travail et c’est par ce biais que nous pourrons sortir du cycle infernal de violence et prévenir tous les fauteurs de troubles, s’ils ont encore en tête un autre projet funeste qu’ils alimentent. Les centrafricains en ont marre et veulent vivre dignement.

R.A : En tant que blogueur, comment racontez vous ce qui arrive à votre pays ? Est ce facile de rester neutre ou le blogging est forcement subjectivité ?

Le blogging m’a permis de m’engager de manière citoyenne dans la recherche de la paix dans mon pays. J’ai pu avoir un moyen très efficace d’expression afin de faire partager ma vision et mes idéaux pour la paix, la réconciliation, le pardon, le développement et le vivre-ensemble. Ensuite, avoir un point de vue neutre et objectif semble être le challeng pour tout blogueur même si les émotions peuvent perturber notre raisonnement. Je tente d’être neutre, impartial, objectif toute en respectant la liberté d’expression. Je ne cherche pas à offenser qui que ce soit, ni à porter des injures ou des affirmations sans fondements contre qui que ce soit. J’essaie juste d’apporter ma modeste contribution pour la refondation d’une nouvelle Centrafrique où les bases doivent être l’union, la solidarité, le respect des valeurs républicaines, le patriotisme et le sens aigu de responsabilité.

R.A : Comment observez vous l’aide à votre pays et le soutien aux réfugiés de la communauté internationale ?

Depuis deux ans, de milliers de centrafricains, des pères de foyers, des mères,… vivent dans le dénouement le plus total. Des personnes qui, il ya quelques mois encore tenaient un petit commerce, allaient aux champs, coupaient les bois pour nourrir leur progénitures. Mais hélas, l’insécurité occasionnée par la violence a muselé la force d’action de tout un peuple habitué à se battre pour avoir son pain quotidien. L’aide internationale n’est pas suffisante. Tout le monde sait que ce pays à besoin d’un important soutien afin de se relever de son coma. Je regrette que la communauté internationale qui est très consciente et bien informée de la situation ne fasse pas plus pour venir en aide à ces milliers de centrafricains obligés de vivre comme des animaux. Il faut une forte mobilisation (financière, matériels, humains,…) pour venir en aide à tous ceux qui ont tout perdu et qui ont besoin d’une infime aide pour réapprendre à vivre.

R.A : est ce facile de voir son pays dans cet état sans pouvoir changer le cours de l’histoire ?

Parfois j’ai envie de fermer la télé, d’éteindre l’ordinateur et mon poste radio pour éviter d’avoir les nouvelles, dans la plupart des cas mauvaises du pays. Je me sens si faible et je m’en veux terriblement de ne pas avoir de pouvoirs surnaturels afin de mettre fin à toute cette tuerie qui n’a fait que trop duré. Mais je garde espoir car l’espoir est la seule chose qui nous reste lorsque nous avons tout perdu.

R.A : A quand une paix en Centrafrique marquée par des crises successives depuis son indépendance ?

La paix en Centrafrique est conditionnée par une prise de conscience individuelle puis collectif des centrafricains. Chaque centrafricain doit faire un examen de conscience et dégager des résolutions pour s’engager dans la résolution de cette crise. La paix ne doit pas être un vain mot, il doit être le réflet de notre comportement, une logique de notre réflexion, une manifestation de notre désir. Chaque centrafricain doit vouloir cette paix. Alors, la paix en Centrafricain, je pourrais être optimiste en vous disant que c’est pour bientôt mais le pessimisme ne peut se désemparer de moi.

R.A : Comment appréciez vous les attaques de Boko haram au nord du Cameroun ? Est-ce un facteur qui pourrait déstabiliser le régime de Paul Biya au pouvoir depuis plus de 30 ans ?

La secte Boko haram sévit dans les régions Nord du Nigeria depuis plusieurs années. Je suis d’autant surpris par la montée en puissance de cette secte qui continue de faire endeuiller de milliers de personnes. Même s’il est bien vrai que Boko haram représente un danger pour le Cameroun, il est clair qu’il s’agit d’un problème qui doit être résolu dans un schéma sous régionale. Cette secte peut inquiéter le pouvoir de Paul Biya en instaurant un état de violence mais la vigilance doit l’emporter sur ces terroristes qui n’ont pas de respect pour la vie humaine. Il faut une réponse régionale, très musclée et concertée sur le problème de Boko Haram.

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Traoré Awa
Je suis une malienne en Mauritanie,où j'ai été honorée comme une des mauritaniennes d'exception 2015, bref une mauritanienne de cœur. Suivez moi sur "Reines d'Afrique" où la parole est féminine et universelle.

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