Hommage à ma mère

Plus d’un an que vous nous avez quittés, précisément ce 5octobre 2012 à Bamako, une date gravée dans ma mémoire comme votre image. J’ai toujours du mal à vous rendre cet hommage mérité par écrit, là j’essaie de le faire tout en retenant comme je peux mes larmes.

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Juste pour vous dire encore jusqu’à quel point j’ai du mal à réaliser que vous n’êtes plus à mes cotés mais comme on dit ainsi va la vie , telle fut la volonté divine. Sinon je sais que quelque part, où que vous soyez, vous suivez de près mes pas comme vous l’avez toujours fait avant que la volonté divine ne soit accomplie ce vendredi soir du 5 octobre soit trois mois après mon bref passage au Mali. Un séjour au cours duquel, on s’est vu durant 48heures car vous êtes parti en mission à Niono comme presque  chaque année à cette période.

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Ma mère vous étiez vraiment ma confidente, mon amie, celle qui s’inquiétait pour moi pour un non et un oui de mon enfance jusqu’à ce que je devienne mère à mon tour. Mère d’un beau garçon machaallah (c’est une façon de glorifier la volonté d’Allah quand on vois une belle chose) que Dieu vous a donné la chance de voir spécialement à sa naissance chez moi à Nouakchott.  Avec le recul, je me dis que Dieu a ainsi voulu cette retrouvaille entre vous et votre petit fils que vous teniez si bien dans vos bras. Vous m’appeliez affectueusement « Ma chérie » ou « Gafou » surnom donné à tous les Awa chez nous.

Merci pour ces années d’affection, de protection, de confidence, de partage et de sacrifice car comme toutes les mères, vous êtes pour moi une femme exceptionnelle, un model à qui je dois beaucoup ma réussite, chère « Nansa » votre nom.

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Chaque fois que je pense à vous, je ne peux m’empêcher de verser une larme pour exprimer ma chance d’avoir eu une mère pleine d’amour et de sagesse comme vous. Forte, femme de caractère, vous n’hésitiez jamais à dire et défendre votre point de vue, qualité que j’ai sans doute hérité de vous chère mère chérie.

Vous avez suivi à coté de Papa, mes pas à l’école primaire de Koulouba, au lycée des Jeunes Filles, au Petit Centre de Nouakchott, à l’université de Nouakchott jusqu’au CESTI de Dakar au Sénégal. Toujours avec la même tendresse, la même éloquence et la même exigence dans l’atteinte de l’excellence. Mon mariage ce 26juillet 2009 fut le beau jour de ma vie, un événement que vous avez souhaité voir de tous vos vœux à la mairie de Kati, un rêve exhaussé.

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Etant petite, j’avais du mal à m’éloigner de vous, même le temps d’un congé mais le destin a voulu sans doute que je m’installe hors du pays par la suite difficilement certes, nous nous sommes habitués toutes les deux à cette réalité. Avec le temps, c’est comme si j’étais sur place à Bamako, on s’appelait tous les jours, parfois à plusieurs reprises pour se donner des nouvelles et se faire des bénédictions constamment.

Cela me faisait plus de 2 ans en Mauritanie. Alors que je projetais de vous inviter à votre prochain congé, l’actualité au pays n’était pas rose à cause de l’instabilité du nord  du pays. Comme si je sentais quelque chose venir, je tenais à ce que votre petit fils aille passer la fête Tabaski à vos congés comme vous le souhaitiez aussi.

Puis subitement en vous appelant ce matin du 2 octobre, je devine que vous n’êtes  pas aux meilleurs de votre forme. Refusant de me le dire à 1er coup pour ne pas m’inquiéter comme à l’accoutumé, par mon insistance, je parviens à savoir que vos douleurs d’estomacs ont repris.

Bouleversée par cette nouvelle, je vous appelais matin et soir pour prendre de vos nouvelles jusqu’à vendredi. Comme vous saviez le faire, vous m’avez rassuré ce jour là lors de mes 3appels que vous êtes entrain de récupérez de ne pas m’inquiéter. Mais bizarrement ce vendredi 5 octobre, je ne parlais que d’elle constamment.

Le matin après vous avoir eu au phone comme tous les matins, je suis partie au marché 5e pour des achats mais j’avoue que je n’étais pas dans mon assiette.  Inquiète de ne pas trouver sur  place mon vendeur de friperie (pour son fils), j’ai demandé à son collègue où je pouvais trouver ce dernier. Avec un sourire, ce dernier m’indiqua que le vendeur en question est « mort ». Quand je lui ai demandé pourquoi il souriait, il m’expliqua de ne pas être surpris dans « la mesure où tout le monde meurt » m’a-t-il lancé. Sans commentaire j’ai acheté mes condiments du jour avant de reprendre un taxi tout droit pour la maison à Basra, .

Ma journée se passe ainsi avec constamment l’évocation de ma mère que j’ai appelé vers 18h avant de sortir pour une course. Dans ce 3e coup de file de la journée, elle m’a dit « Awa , je vais bien vraiment, je commence même à avoir de l’appétit, faut pas t’inquiéter, ça ira inchaallah »après ce propos rassurant, je lui ai dit que son petit fils devient perturbateur ainsi elle réagit pour défendre celui qu’elle appelait son mari mauritanien « c’est bien, qu’il soit réactif, cela veut dire qu’il ne se laissera pas faire, c’est un bon signe , il se défendra» me lança t-elle avant qu’on ne se donne rendez-vous pour « demain inchaallah ».

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Ce soir là, alors que j’étais sur le point de me coucher, mon phone sonna. C’était mon père, j’étais étonnée d’avoir un appel aussi tardif vers 22h de sa part. Au terme de salutations, il me demanda si j’allais toujours voyager au Sénégal en mission. J’ai répondu par l’affirmatif. C’est ainsi qu’il m’annonça la plus terrible nouvelle de ma vie, le décès de celle que je chérissais plus que tout au monde : ma mère, mon amie, Nansa. Elle venait de me quitter sans m’avoir dit au revoir directement. C’est que ma mère chérie s’en alla en me disant au revoir sans doute par ces coups de phone si pleins de vie et de tendresse.

Le lendemain très tôt, je pris le bus en direction de Bamako, pour assister selon ma volonté à son enterrement. Dieu merci, j’ai pu la voir une dernière fois, toucher sa main avant de lui rendre une prière d’hommage dans la morgue de l’hôpital de Kati avant qu’elle ne soit enterrée plus tard dans la matinée du 8 octobre au cimetière de Kati, le quartier d’origine de mon père. Après une journée riche d’émotions, de prières, d’hommages vers 16h, alors que je retourne à la maison parentale, une grosse pluie tomba sur Kati & Bamako pendant plus d’1h.

Selon une tradition bambara, cette pluie est un bon signe. En tous cas, je sais que ma mère a été une femme & une mère d’exception, une source intarissable pour moi, une perle rare dont je saluerai la mémoire à chaque instant de ma vie. Comme on dit en bambara, mère chérie « Inithié » merci infiniment pour tout & « Dors en paix mère ». Votre nom est à jamais gravé dans ma mémoire comme cette étoile qui illumine ma vie.

Awa Seydou

 

 

 

 

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Traoré Awa
Je suis une malienne en Mauritanie,où j'ai été honorée comme une des mauritaniennes d'exception 2015, bref une mauritanienne de cœur. Suivez moi sur "Reines d'Afrique" où la parole est féminine et universelle.

2 réflexions sur “Hommage à ma mère

  1. Camara Mamady dit :

    Un bel hommage à notre mère exceptionnelle et femme d’exception? Paix à son âme Qu’Allah l’accueille dans son paradis, amine, amine et amine.

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