Un taximan trahi par son ex-copine

J’ai tenu à partager avec vous une étonnante histoire d’amour de trahison dont a été victime un taximan guinéen répondant au nom de I. Barry que j’ai croisé à Nouakchott. Le soir du 9 décembre 2013, je me rendais au quartier Socogim PS pour prendre part à une des activités de la 4e édition de Traversées mauritanides à l’espace Diadié Camara.

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Inspiration

Un échange avec un taximan que je trouvais préoccupé m’inspira ce billet. Il passa par le carrefour BMD pour déposer un autre client avant de continuer sur mon axe. C’est là qu’il me raconta qu’il était très fatigué et qu’il avait des soucis. Un peu curieuse, je lui demandai de m’expliquer ce à quoi il faisait allusion.

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Tenez-vous bien; il me confia qu’il sortait avec une jeune dame d’ici depuis des années malgré l’opposition des parents de cette dernière. Croyant à l’idylle parfait, il assurait presque toutes les dépenses y compris les frais de scolarité de celle qu’il considérait comme la femme idéale.

Ainsi des années passèrent, il prit la décision sage au nom de cet amour de rompre sa liaison avec cette dulcinée qu’il  chérissait tant.  Une rupture difficile, car cette copine était finalement devenue comme un membre de la famille de Barry dont le frère se trouvait en Angleterre.

Le rêve brisé

I.Barry âgé d’une trentaine d’années a une partie de la famille qui se trouve également en Sierra Leone et sa mère aimerait maintenant qu’il se marie. Soucieux de bien gagner sa vie d’abord, il ambitionnait de se lancer dans la restauration vu que les taximen étrangers sont soumis désormais à un permis vert .

Mais oubliant que trop de confiance tue la confiance, il confia environ 500 000 Um (environ 1 200 euros ou 1 300 euros) à celle qui est devenue depuis lors son ex-copine pensant qu’il pourrait récupérer à tout moment son argent.

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Le moment venu, il alla chez son ex pour retirer son dû, cette dernière qui avait utilisé la somme confiée à d’autres fins, ne tarda pas à « pisser » sous ses yeux. Pris de panique, surpris I. Barry avala sa colère et s’en alla avec le sentiment d’avoir été déçu par une des personnes qu’il chérissait le plus au monde.

Avec cette somme, Il voulait payer une partie du matériel qu’il avait déjà commandé pour ouvrir le restaurant tant rêvé. Malgré mon insistance pour savoir s’il exigeait  ou non son remboursement, il m’expliqua le regard vide, encore sous le choc de cette trahison, que son ex n’avait pas les moyens de le rembourser. La solution dont il m’a fait part est de chercher un collaborateur pour combler cette fausse note digne d’une série de télé.

Awa Seydou

Mon séjour à Kaédi

C’est à bord d’un minus bus que je me suis rendue le 4 décembre dernier  à Kaédi, une ville située à 430 km de Nouakchott que je visitais pour la 2e fois. Un séjour de deux jours coïncidant avec la célébration de la Journée Internationale des Volontaires (JIV) célébrée pour la 1er fois à l’intérieur du pays (Mauritanie).

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 Cette journée du 5 décembre dédiée aux volontaires a été organisée par le Programme des VNU, en partenariat avec France volontaires et le Regroupement des Jeunes  de Kaédi pour le développement . Le slogan de cette activité 2013 se formule ainsi: «Jeunes mauritaniens, engageons-nous volontairement pour le développement et la paix».

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Après un trajet de 7 heures où les discussions des passagers ont porté sur les législatives & municipales mauritaniennes tenues le 23 novembre dernier,  le bus arrive enfin au centre de Kaédi où les passagers ont récupéré leurs bagages devant BMCI non loin de l’hôtel Yewti où j’ai logé durant mes 48 d’escale dans le sud du pays.

Après des minutes de longues salutations des autres participants venus prendre part à cette journée du 5 décembre dédiée à toutes les formes de volontariat, j’ai vite oublié ma fatigue en dégustant un dîner dont le menu était le méchoui accompagné de couscous marocain très prisé en Mauritanie.

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Après des heures de repos mérité, arriva le 5 décembre où fut célébrée en grande pompe cette journée mondiale des volontaires devant la mairie de Kaédi. Une activité pilotée par le Programme des Volontaires Nations Unies (programme VNU), qui compte une vingtaines de volontaires dont 9 internationaux.

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Après plus d’une heure d’attente, la journée fortement sonorisée fut officiellement lancée après l’arrivée  des officiels qui a été précédée d’une course sémi marathon où des volontaires, des jeunes & sportifs de la localité ont pris part.

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Vers 11h après l’annonce de la journée dans les différentes langues du pays par des communicateurs, Sow Moussa Demba dit Thiombé, maire de Kaédi candidat à sa propre succession présenta son discours dans un décor ensoleillé.

Puis ce fut le tour du Représentant Résident Adjoint  du PNUD, José Levy de tenir son allocution où il a été question de « placer le volontaire au cœur du processus de paix et de développement ».

Ensuite le président du  Regroupement des Jeunes de Kaédi pour le Développement  Mohamedou AW,  fier « d’accueillir » et d’abriter la première JIV organisée en Mauritanie par le PNUD hors de la capitale prit la parole.

Puis ce fut le tour du Wali (gouverneur) du Gorgol, M. Mohamed El Moustapha Ould Mohamed Vall de clôturer cette cérémonie de lancement par son discours tenu en arabe.

Par la suite plusieurs jeunes ont présenté un sketch de sensibilisation sur  l’émigration  & le volontariat très suivi par le public réuni sous une Khaima ( tente).

Après cette partie officielle, avec quelques autres collègues on fit un tour au marché vers 12h 30 (en attendant la reprise de l’activité le soir) pour découvrir les multiples facettes de la teinture des femmes de Kaédi une activité commerciale et culturelle très réputée dans cette ville.

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La suite de l’activité de la JIV a été marquée par la tenue d’un match de football inter quartier opposant Touldé & Jedida.  Une rencontre amicale sanctionnée par la victoire (3- 0) de  Jedida sur Touldé.

Voilà comment j’ai vécu cette spéciale journée du 5 décembre consacrée aux volontaires même si le volontariat au niveau du programme VNU  reste majoritairement pratiqué par les hommes au pays de Dimi Mint Abba.

 

Awa Seydou

 

Priorité à la participation politique des Mauritaniennes

Plus d’une semaine après la tenue du 1er tour des élections législatives & municipales (le 23 novembre dernier), je vous parle ce matin encore de la participation des femmes à ces échéances dont le 2e tour est fixé le 7 décembre prochain.

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Accéder d’avantage aux sphères de décision politiques voilà désormais l’ambition affichée des mauritaniennes depuis 2006. C’est pour parvenir à ce challenger qu’elles battent le pavé pour promouvoir leur participation politique.

Un combat qui a permis à la Mauritanienne dans le cadre de la loi électorale de 2006 d’obtenir l’instauration d’un quota de 20% de femmes au niveau des listes électorales.

Malgré les pesanteurs sociales, les défis liés à l’analphabétisme, le manque de moyens, les mauritaniennes veulent accéder plus à l’arène politique afin de faire prévaloir leur savoir faire. Malgré les préjugés donc, elles se disent travailleuses & bonnes gestionnaires, certaines sont même convaincues d’avoir plus de compétences que certains hommes allergiques à la cause féminine.

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Les femmes faiblement présentes dans les sphères de décision sont démographiquement pourtant majoritaires. Elles représentante plus de 50% de la population du pays de millions de poètes. A défaut d’obtenir un meilleur taux de dépôt malgré la médiatisation de leurs activités, elles ont eu droit à une liste nationale des femmes.

En plus de cela, la Constitution mauritanienne assure, dans son article 1 « à tous les citoyens sans distinction d’origine, de race, de sexe ou de condition sociale, l’égalité devant la loi« . Elle accorde aussi à la femme le droit d’éligibilité et elle garantit le droit à l’égalité, les libertés et droits fondamentaux de la personne humaine et les droits « attachés à la famille, cellule de base de la société islamique« .

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Par ailleurs, dans cette constitution, on rappelle que les citoyens les citoyennes peuvent accéder aux fonctions et emplois publics, sans autres conditions que celle fixées par la loi .

Enjeux de la participation des femmes Mourabitounes

Les mauritaniennes pour unir leurs efforts ont mis en place un groupe de plaidoyer pour la  participation politique des femmes à cette élection du 23 novembre . Il s’agissait de 4 scrutins combinés auxquels plusieurs partis politiques ont pris part alors que d’autres ont opté pour le boycott.

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Plus  d’une semaine après la tenue du 1er tour le taux de participation au premier tour est de plus de 75% selon Mohameden Ould Sidi, le directeur des opérations électorales (CENI) a fait part de la disponibilité des résultats de 200 communes sur les 218 du pays ainsi que des résultats des législatives.

En attendant, suite  au  dépouillement de  224.971 bulletins de vote aux législatives du 23 novembre en Mauritanie, les partis UPR(Pouvoir) et Tawassoul(Opposition) sont toujours en tête de la liste nationale des femmes. Un dépouillement qui fait état de l’avance de l’UPR 20.14 % des chiffrages exprimés. Un parti suivi de formations telles que Tawassoul(16.87%,) APP (7.95 %)  El Wiam 3.93%, Sursaut de la Jeunesse 3.54% et AJD/MR 3.35%.

Au terme de cette échéance dont la seconde manches  se jouera samedi prochain, selon une source contactée au niveau du groupe de plaidoyer pour la participation politique des femmes (Mauritanie) l’heure est au décompte « nous suivons la publication, on n’a pas beaucoup évolué. Pour les fonctions électives, nous sommes à moins de 5% à ce stade.

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Alors que pour les législatives « on est presque sûr d’atteindre 20% » annonce t-elle  affirmant que certains partis n’ont pas respecté la loi en matière de représentativité de liste nationale des femmes même si d’autres ont fourni l’effort reconnait -elle . Selon ses propos, les partis ont placé les femmes en second position alors qu’il fallait équilibrer (homme-femme). Une exigence pour promouvoir la représentativité du genre dans les sphères politiques en Mauritanie comme le prévoit  l’objectif 3 des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ratifié par notre pays.

Un objectif qui fixe la représentativité des femmes dans les fonctions électives administratives, dans les fonctions et mandats électoraux à au moins 33%, d’ici 2015. Un vœux dont les mauritaniennes espèrent la concrétisation malgré les objectifs de la lutte.

Awa Seydou

Carnet de route: Retour sur la commémoration d’Inal 2012

Inal, les mauritaniens se souviennent encore. Après deux éditions successives dont j’ai pris part, le voyage vers Inal n’a pas eu lieu cette année.  A la place chacun a tenu à rendre hommage les 27 & 28 dernier aux 28 militaires négro-mauritaniens  pendus à Inal (Nord Mauritanie) sous le régime de l’ancien président, Maouya Ould Taya.  A la place du voyage vers Inal , Le Collectif des Victimes de la Répression(COVIRE) a marqué cette commémoration par la ténue d’une conférence de presse et un meeting vers le carrefour Yoro Sarr.

TPMN

D’autres associations de défense de droit de l’homme ont aussi commémoré ces journées  tristement célèbre. Pour marquer l’évènement, je vous propose mon carnet de route multimédia cette fois- ci sur la commémoration d’Inal 2012 .

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Carnet de route: Retour pèlerinage d’Inal 2012

Comme en 2011, les journées de souvenirs dédiées aux martyrs d’Inal se sont tenues les 27 et 28 novembre 2012 sous la houlette de COVIRE (Le Collectif des Victimes de la Répression). Une dizaine d’organisations de défense de droit de l’homme ont pris part à ce voyage de souvenir pour prendre hommage aux martyrs d’Inal.

Ce voyage organisé pour la deuxième année consécutive a permis l’identification des tombeaux des officiers tués 1990. Des heures d’hommage marquées par le recueillement à la mémoire des martyrs, les témoignages émouvants des rescapés et parents des victimes et les plaidoyers en faveur du règlement définitif de ce passif humanitaire dont dépend la réconciliation nationale selon des défenseurs de droits de l’homme. Pour des parents des victimes: « Il ne sera jamais question de faire table rase du passé tant que les responsables de ces tortures ou exécutions ne sont pas connus et traduits en justice» précisent souvent en larme.

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Un recueillement au cours du quel une orpheline s’est évanouie sous le coup de l’émotion lors de la visite funèbre des fosses communes, dirigé par le rescapé Sy Mahamadou sous le regard attentif des éléments de l’escadron d’Inal. Des minutes amères durant lesquelles les victimes jeunes et vieux face à « des hommes en tenue insensibles » peinaient à garder leur sérénité dénonçant « un silence coupable ».

Pour les organisateurs « Inal constitue le paroxysme de l’ignominie ». Même si la lutte peine à donner ses fruits, ils  comptent redoubler d’effort, pour « une identification effective des sépultures afin que leurs proches reposent en paix ». Pour Kane Mamadou, président du Covire.   qui se dit favorable à la visite des 32 sites de tortures  fustige dans ce décor silencieux « les crimes de sang commis, le racisme de l’Etat, les crimes de l’esclavage, de la déportation et de l’exclusion que connaît notre pays ».

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Cette 2e commémoration des journées de souvenirs d’Inal s’est déroulée en présence des membres de la diaspora mauritanienne,  des rescapés comme Sy Mahamadou rescapé dInal , auteur de « L’enfer d’Inal » , Ibrahima Ba rescapé, des enfants et des parents des officiers  tués les 27 et 28 décembre 1990, rendant Inal tristement célèbre.

Après les difficultés d’accès au site Inal, liées  cette année encore au contrôle minutieux du convoi parfois « sans motif  réel » des forces de l’ordre, le convoi mené par une vingtaine de voiture, regagne sa destination sollicitée ce 28 Novembre vers 11h à travers un accueil moins chaleureux des agents de l’escadron de la brigade d’Inal. Une présence marquée par un enregistrement de tous les manifestants et un accès limité au site. Le recueillement s’est tenu en plein air, sous un soleil de plomb et sous le regard curieux des habitants d’Inal.

Pour des militants comme Alassane Dia coordinateur de TPMN les événements d’Inal symbolise « une bêtise, une tentative de génocide » qui ne doit pas rester impuni d’où son appel en faveur « des efforts concrets » pour que la lumière soit faite sur cette « date symbolique, et de recueillement » face au semblant de « règlement du passif ». Une exigence de vérité « pour honorer la mémoire des victimes » à travers l’abrogation de la loi 1993.

Témoignages des militants des droits de l’homme

Maimouna Alpha Sy, Secrétaire Général du Collectif des veuves, tenant son chapelet estime que cette visite des lieux marque une évolution de la gestion du passif car « venir ici était une chose impensable avant, c’est une concrétisation qu’il ya bien eu avancée ». Pour elle, il est temps de gérer ce passif qui prends en otage « la cohésion sociale».

Sall Amadou du collectif REV (1989-1991) est une victime civile dont le père est mort à Zouérate. Ayant perdu son père très jeune, Amadou ainé de sa famille, sans boulot stable, s’active pour arrondir ses fins de mois à travers des cours du soir  afin de combler « le financement médiocre » dont bénéficie son association. Il est certain que  « le dossier traine, l’Etat ne fourni aucun effort » ajoute -il.

D’après Mamadou Lamtoro Camara, membre du collectif des orphelins et victimes civiles et militaires (1986-1991) étudiant en 3e droit public à l’université de Nouakchott : « Il faut que  la Mauritanie puisse regarder son passé en face ». Pour ce dernier qui a effectué le voyage de commémoration de Sorimalé avant celui d’Inal cette année, il est important d’instaurer « les journées de deuil national » afin de perpétuer la mémoire des victimes.

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La représentante de la diaspora en Europe pour cette édition Marieme Kane, par ailleurs présidente de l’Association des Femmes Mauritaniennes du Fleuve (AFMA) vingt ans après les faits  estime que l’heure de la justice a sonné. Cette année une plainte sera lancée dit-elle par la diaspora car pour elle, il est important d’avancer car « sans résultat ce n’est pas la peine de continuer le combat ». En attendant, elle prône l’unité des acteurs confiant qu’il ya « tellement de division nous empêche d’avancer ».

En attendant, pour finir nous vous livrons le témoignage de Ibrahima Ba, Rescapé d’Inal . Entre 1990 -1991, Ibrahima Ba était infirmier dans la garnison d’Inal, au bord des larmes, il confie qu’il a subi plusieurs tortures avant de parvenir à s’échapper avec 500Um en poche en compagnie de Mahamadou Sy .

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A la retraite depuis 2010 Ibrahima Ba témoigne ainsi de ces années sombres : « je ne sais pas si l’état actuel va régler ce problème ou pas, mais  l’Etat  à l’époque était au courant de tout, de toutes les violences qui se pratiquaient, c’est l’Etat qui a fait ça, ils sont responsables. Je ne peux pas oublier ce que j’ai subi durant cette période cauchemardesque, j’envisage même de faire un documentaire sur ça, par devoir de mémoire. Ce qui s’est passé était un acte raciste » conclut-il.

Les organisateurs de ces journées de souvenir exigent  à travers un appel :  la construction à Inal d’un mémorial pour les martyrs, l’adoption des enfants des martyrs comme des pupilles de la nation, l’application du décret d’identification des sépultures, l’annulation de la loi d’amnistie de juin 1993,le  respect des normes et mécanisme de la justice transitionnelle, la mise en place d’une commission indépendante et autonome pour le règlement des violations graves des droits humains, l’indemnisation adéquate des victimes et ayants droits.

Awa Seydou

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